Journalisme d’investigation : la master class de Nicolas Beau

 

Loin du “flux de news quotidien” et des dépêches AFP, Nicolas Beau aborde la question du journalisme d’enquête : sa force, ses pratiques… mais aussi sa part d’ombre. (photo : Frédéric Leclerc-Imhoff)
Qu’est-ce que le journalisme d’investigation ? Comment se pratique-t-il ? Quelles sont ses recettes, ses travers, ses parts d’ombre ? Éléments de réponse avec l’interview de Nicolas Beau, journaliste d’investigation passé par Le Monde, Libération, Le Canard Enchaîné et Bakchich.
Aujourd’hui enquêteur écrivain, il est l’auteur du Vilain petit Qatar : cet ami qui nous veut du mal.

 

L’investigation à la française

 

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Les journalistes d’investigation, ce sont des journalistes qui suivent des dossiers politico-financiers, qui voient des avocats, des juges, des magistrats. Un journaliste de  Libération avait dit : “je suis un chroniqueur des affaires judiciaires qui touchent les politiques”. Moi je pense que ce qui est important, c’est l’enquête, et aujourd’hui il y a peut-être moins d’investigation qu’on ne le dit dans la presse française”.

 

Les pièges du journalisme d'investigation

 

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Il y a un risque d’emballement. Et on a tellement envie d’y arriver, qu’on ne garde pas la distance nécessaire. Et parfois, on va faire trop confiance à certaines sources dont on espère qu’elles vont nous donner la clé du scandale.”

 

Les vieilles rivalités des chasseurs d’info

 

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Chacun se fait sa petite tambouille et après on a de cesse de désigner les autres comme manipulés par leurs sources, alors qu’on serait soi-même hors de ces manipulations. Ce qui est dommage dans la presse d’investigation, c’est que les journalistes s’entraident très peu. Et c’est idiot, parce qu’on s’attaque à des puissants et l’ennemi ce n’est pas le collègue.”

 

La griserie du scoop

 

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Quand Mediapart s’est lancé, Bakchich existait déjà depuis 3 ou 4 mois. C’était le fameux moment où arrivaient les comptes Liechtenstein. J’avais un haut fonctionnaire à Bercy qui me dit David Douillet, Houellbecq et Jean-Marie Bannier sont sur cette liste. Comme il y a de très bons journalistes à Mediapart, je me suis dit, ils vont avoir les noms. Donc j’ai donné les trois noms alors que je n’avais aucun témoin et pas la moindre pièce. Et je m’en suis mordu les doigts.”

 

Remettre l’information au coeur du travail journalistique

 

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Le seul espoir pour la presse est de produire des informations au-delà du flux de news quotidien. Parce qu’aujourd’hui, quand vous écoutez les radios le matin puis quand vous lisez Libération, vous n’avez pas grand chose de nouveau. Il y a des bons papiers dans Libération. Mais il ne faudrait que des bons papiers. C’est vrai que les gens qui cherchent la bonne came, la bonne info, sont malheureusement une minorité. Mais il faut la cultiver parce que c’est celle qui peut nous faire vivre.

 

Le risque exagéré pour le journaliste d’enquête

 

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Je crois que là, il ne faut pas exagérer. Moi j’ai été mis sous écoute par Chirac à l’époque où je m’intéressais à ses avoirs au Japon. Mais c’est normal, vous vous attaquez à un président de la République en disant qu’il est le copain des mafieux japonnais. C’est quand même normal qu’il utilise des moyens d’État. Si on fait notre travail, on les gêne. Si on les gêne, ils vont chercher à savoir. C’est absolument illégal et choquant. Mais il ne faut pas s’en étonner.”

 

La protection des sources

 

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Il faut utiliser les cabines téléphoniques ou La Poste. Il faut un minimum de précautions pour protéger ses sources. Et ça, c’est très important. Je ne l’ai pas fait une fois, et je le regrette, avec un commandant de police qui est devenu un grand ami : Philippe Pichon. Moi je l’appelais directement, parce qu’il me disait qu’il n’y avait aucune chance qu’il soit trouvé. Et j’ai eu tort. Il a été chassé de la police.

 

La publicité fait-elle obstacle à l’enquête ?

 

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A priori, je pense que les choses sortent plus maintenant. Malgré tout, n’importe qui peut envoyer une information sur internet. Après est-ce qu’elles sont assez mises en valeur et assez hiérarchisées ? Tout est un peu banalisé du coup, y compris des informations très fortes, très sensibles, qui ne vont pas prendre le retentissement qu’elles méritent.

 

L’avenir du journalisme d’enquête

 

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Les rédactions en presse écrite ont moins de temps, moins d’argent et sont moins demandeuses d’enquêtes. Et l’enquête va contrarier des gens, notamment dans le monde politique, or il y a une symbiose très forte entre les journalistes politiques et la classe politique française. Il y a des barrières qui ont été franchies ; elles n’auraient pas dû l’être. Les enquêtes qui apportent des informations qui vont gêner les hommes politiques, dans tous les médias, dérangent.

Aller plus loin

- Grand entretien : "Pierre Péan dénonce... le journalisme d'investigation"

- Débat vidéo : "Il est temps de réveiller le journalisme d'enquête" (Mediapart)

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