L'armée entre journalisme et communication

 

Pour Pierre Blaye, "l'Armée française n'avait rien à cacher au Mali, excepté les images de prisonniers ou de cadavres." (Photo : Alvin Koualef)
Pierre Bayle, directeur à la délégation à l'information et à la communication de la Défense (DICoD), est revenu sur le documentaire diffusé dans Envoyé Spécial sur France 2 le 17 octobre.
Un film composé uniquement d'images fournies par l'Armée destiné à légitimer l'action au Mali.

"L'Armée n'est pas une agence de voyage." Une façon pour Pierre Bayle de justifier la mise à l'écart de journalistes au début du conflit malien. Dans la machine de guerre française, la priorité est à l'acheminement des troupes jusqu'au front, pas à celui des reporters.

Devant quelques étudiants en journalisme et en présence du général Barrera, commandant de l'opération Serval, le chef de la communication militaire a évoqué Opération Serval, quand l'armée filme la guerre, 42 minutes d'images tournées en première ligne par les équipes militaires de l'Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD ). Ce « concept de camera combat» comprend une équipe de militaires qui tournent les images de guerre, les stockent, éventuellement les redistribuent, mais sous le contrôle total de l'armée. Pour France 2, elles ont été choisies et commentées par l'historien Jean-Christophe Notin et le journaliste Martin Blanchard avant de repasser entre les mains des militaires pour un contrôle avant diffusion.

 

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Ce concept qui était jusque-là inédit en France est désormais décrié depuis le reportage. Les archives militaires aussi récentes étaient jusque ici classées secret défense et servaient "d' images, de preuves, d'outil juridique pour le Tribunal International". Affamés par la pénurie de documents audiovisuels sur les combats, les journalistes se sont tournés vers l'Armée pour en obtenir. "Nous sommes conscients du déficit d'image sur la question malienne", explique Pierre Bayle. L'objectif : "montrer que les opérations ont été bien menées, la vie des personnes ménagées". Et de renchérir : "nous n'avions rien à cacher". Excepté "les images de prisonniers ou de cadavres, couverts par la Convention de Genève et les images des forces spéciales pour préserver leur identité ". Jean-Christophe Notin évoque quant à lui une manière de justifier les dépenses de l'Armée dans un contexte d'importantes coupes budgétaires.

"L'Armée communique, elle n'informe pas"

Pierre Bayle a beau avoir couvert la première guerre du Golfe pour l'Agence France Presse, il dément toute volonté de remplacer les journalistes sur le terrain. "L'information n'est pas cachée, mais ce n'est pas à nous de la produire". Quant à savoir si l'expérience sera renouvelée, le communicant botte en touche : "l'initiative doit venir de la presse. Nous ne devons pas entrer dans une logique de commande. L'Armée communique, elle ne produit pas d'information".

En intégrant le documentaire à l'émission Envoyé Spécial sur France 2, l'État-major vise une diffusion qui serait la plus large possible. Il compte faire du reportage un outil de promotion à l'international. "En traduisant le film en anglais, nous voulons montrer au monde entier l'efficacité de l'Armée Française". De 42 minutes, le documentaire devrait être rallonger à 1h30 en 2014.

 

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