Journaliste au Maroc : "un métier à risques"

 

Karim Boukhari raconte les coulisses du Palais Royal et son rapportavec les médias marocains (photo : Ophélie Le Piver)
Le Roi ne parle jamais aux médias. Et quand les médias parlent de lui, ils sont souvent contrôlés. Parfois réprimés s'ils dérangent. Rencontre avec le journaliste marocain Karim Boukhari.
 

Le puissant régime monarchique amincit le champ de liberté d'expression des journalistes marocains. "Au Maroc, le Palais Royal a la mainmise sur tout. C'est une institution qui dicte et contrôle les moindres faits politiques, religieux, économiques..." raconte Karim Boukhari. L'ancien directeur de la publication de l'hebdomadaire marocain Tel Quel est venu parler d'une situation qu'il connaît bien, à l'occasion de ces Tribunes de la presse.

Une situation nuisible à l'image du Maroc, qui occupe la 136e place sur 179 du dernier classement sur la liberté de la presse, qui vient d'être publié par Reporters sans frontières (RSF). Il se situe entre la Thaïlande et l'Ethiopie, et derrière l'Afghanistan. Un score étonnant pour un pays développé. Au Maroc, trois sujets sont sensibles : la religion islamique, l'intégrité territoriale et le régime monarchique.
Face au Palais Royal, certains journalistes sont impuissants. D'autres la bouclent. Karim Boukhari, lui, accepte de parler, comme il l'a fait durant une grande partie de sa carrière. Il décrit la situation actuelle de la presse au Maroc, entre pressions, répression et marge de manœuvre limitée :

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L'affaire Anouzla, symbole d'une situation délicate

Avec son hebdomadaire à la ligne éditoriale critique, libre et sans concessions envers le pouvoir marocain, Karim Boukhari a enquêté, s'est démené. Ce qui lui a valu quelques problèmes, jusqu'à écoper d'une peine de prison avec sursis, "pour des fausses raisons". Après 24 ans de carrière dans la presse marocaine, d'abord en tant que journaliste pour le journal partisan Al-Bayane, puis rédacteur en chef du très engagé Le Journal – qui n'existe plus depuis 2010 – et enfin directeur de Tel Quel de 2010 à mars 2013, Karim Boukhari a décidé de se mettre "en stand-by". Pour le moment.

C'est de loin qu'il assiste, impuissant, au traitement actuellement réservé à son ami Ali Anouzla, directeur de la version arabophone du site d'information très engagé Lakome. Le "Daniel Gate", cette affaire du pédophile espagnol gracié par le Roi, c'est Ali Anouzla qui l'a dévoilée. Ce même Ali Anouzla est aujourd'hui derrière les barreaux pour avoir diffusé sur son site un lien renvoyant vers une vidéo d'AQMI, menaçant le Roi et ses terres. Il encourt une peine de cinq ans de prison ferme, pour incitation au terrorisme. Selon Karim Boukhari, "si Ali Anouzla est en taule, ce n'est pas à cause de cette vidéo. Cette affaire n'est qu'un prétexte pour enfin le punir, pour tout ce qu'il a pu faire par le passé." Sans langue de bois, il donne son point de vue sur une affaire qu'il juge scandaleuse :

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Tout ne va pas si mal, malgré tout

"On est de plus en plus réprimés, mais de plus en plus libres aussi... Nous, les journalistes marocains, on sent que l'on est de plus en plus embêtés. Mais en même temps, on s'exprime de plus ne plus pleinement. Le degré de censure grimpe en même temps que l'usage de la liberté augmente." Malgré les conditions de travail délicates, Karim Boukhari relativise. Il croit en une presse libre :

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"On prend énormément de risques... Mais de là à dire qu'il n'y a pas de liberté ? C'est faux. Il y a des médias qui ne profitent pas de cette liberté. Et il y a ceux qui prennent des risques. Pourtant,le jeu en vaut la chandelle."

 

 

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